09:59 · 20 août 2026

Dette américaine : le cap des 40 000 milliards franchi

Points clés
Points clés
  • La dette fédérale américaine a dépassé les 40 000 milliards de dollars pour la première fois de l'histoire.

  • Les emprunts liés à la pandémie et les récents choix budgétaires ont fait doubler l'encours total en moins de dix ans.

  • Les taux obligataires se tendent fortement, le rendement du Bon du Trésor à 30 ans atteignant un sommet de dix-neuf ans à 5,34 %.

Le cap vertigineux est franchi. La dette américaine a officiellement dépassé les 40 000 milliards de dollars ce mardi, illustrant une accélération historique des émissions du Trésor. Face à ce mur budgétaire, les tensions se propagent sur les indices américains et le marché obligataire, où les rendements à long terme renouent avec leurs sommets de près de vingt ans.

Une trajectoire d'endettement vertigineuse

Le franchissement du seuil historique

Les chiffres publiés mardi par le Trésor américain confirment le dépassement de la barre symbolique. L'encours total atteint très exactement 40 047 milliards de dollars. Cette somme astronomique se décompose en 32 266 milliards de titres détenus par le public et 7 782 milliards de créances intra-gouvernementales.

Cette situation résulte d'une dynamique qui s'est considérablement accélérée récemment. Lors de la première investiture de Donald Trump en janvier 2017, le compteur affichait 19 950 milliards de dollars. L'encours a donc plus que doublé en moins d'une décennie.

Sur un horizon légèrement plus large, la progression apparaît encore plus marquée. Le pays a vu son endettement quadrupler en moins de vingt ans, sachant que le premier millier de milliards n'avait été franchi qu'en 1981. Environ un tiers de cette flambée récente s'explique par les plans de relance de la période pandémique, validés sous les administrations Trump puis Biden.

Des choix budgétaires toujours expansionnistes

Les dépenses actuelles des États-Unis avoisinent les 7 000 milliards de dollars annuels. Sur cette enveloppe, 60 % relèvent de programmes sociaux obligatoires comme la Social Security, Medicare ou les aides aux anciens combattants. À cela s'ajoute une charge d'intérêts de la dette américaine qui pèse désormais 1 100 milliards de dollars par an.

Les politiques menées depuis huit ans ont lourdement pesé sur le bilan fédéral. Le passif s'est creusé de 8 400 milliards de dollars sous le mandat de Joe Biden, contre un bond de 11 600 milliards imputable aux deux exercices de Donald Trump jusqu'à ce jour. Ces montants illustrent une absence de rigueur partagée par les deux camps politiques.

Les prévisions du Congressional Budget Office n'indiquent aucun retournement de tendance. Le programme phare du second mandat républicain, le "One Big Beautiful Bill Act", devrait à lui seul générer 4 700 milliards de dollars d'emprunts supplémentaires. Cette fuite en avant inquiète directement le Committee for a Responsible Federal Budget, qui redoute une crise ouverte faute de réduction des dépenses ou de hausse d'impôts.

Les marchés face au choc de l'offre

Des taux sous haute pression

Cette abondance de papier pèse directement sur le coût de financement de la première économie mondiale. Les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées pour absorber ces flux massifs. Conséquence immédiate, le rendement du Bon du Trésor à 30 ans s'est tendu ce mardi à 5,34 %, un sommet inégalé depuis dix-neuf ans.

Le rendement à 10 ans, référence mondiale pour le crédit, a lui aussi tutoyé les 4,75 % avant de refluer vers 4,64 % ce jeudi matin selon les données du marché. Ces niveaux maintiennent une pression constante sur la valorisation des actions américaines, la hausse des taux sans risque pénalisant mécaniquement les multiples boursiers. La rotation sectorielle s'accélère au profit des valeurs moins sensibles au loyer de l'argent.

Pour calmer cette fièvre, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a décidé d'intervenir techniquement. Il a annoncé le doublement des rachats de titres dont l'échéance se situe entre dix et trente ans, pour atteindre au moins 4 milliards de dollars par opération. En parallèle, l'exécutif maintient ses appels pressants envers la Fed pour obtenir de nouvelles baisses de taux directeurs.

Le privilège persistant du dollar

Malgré ces déséquilibres béants, les États-Unis conservent un filet de sécurité unique à l'échelle mondiale. Comparé au poids de leur économie, le ratio d'endettement net devrait s'établir à 123,3 % du PIB d'ici fin 2025. Ce niveau situe le pays entre la France (115,6 %) et l'Italie (137,1 %), mais la comparaison structurelle s'arrête à ces pourcentages.

L'économie américaine génère à elle seule près d'un quart de la richesse mondiale avec un PIB estimé à 32 400 milliards de dollars cette année. Ce volume laisse les autres puissances, dont la Chine, à très bonne distance. Le déficit budgétaire américain s'élevait à 5,9 % l'an passé, soit 1 775 milliards de dollars, contre 5,1 % et 152,5 milliards d'euros pour la France.

La véritable force du pays réside dans sa monnaie. Le dollar capte encore 57 % des réserves de change mondiales, et le marché des Treasuries demeure le plus liquide de la planète. C'est ce statut d'hégémonie, que Valéry Giscard d'Estaing qualifiait de "privilège exorbitant", qui permet au Trésor de lever de tels montants. Les investisseurs s'adaptent de leur côté via des stratégies diversifiées sur les ETF obligataires ou le Forex.

❓ FAQ

Pourquoi la dette américaine atteint-elle 40 000 milliards de dollars ? La progression de la dette américaine s'explique par les plans de relance massifs initiés pendant la crise sanitaire et par les politiques budgétaires expansionnistes des administrations récentes. Les programmes sociaux obligatoires et la charge des intérêts absorbent à eux seuls la quasi-totalité des recettes fédérales.

Quel est l'impact de cette dette sur les indices américains ?

L'augmentation massive des émissions obligataires pousse les rendements à la hausse, ce qui vient concurrencer le marché des actions. Lorsque les taux sans risque progressent fortement, les investisseurs exigent une meilleure rentabilité, ce qui pèse mécaniquement sur la valorisation des indices américains.

Comment les États-Unis parviennent-ils à financer ce déficit ? Le pays emprunte dans sa propre devise, le dollar, qui constitue 57 % des réserves de change mondiales. Ce statut hégémonique permet au Trésor américain de placer ses titres obligataires sur le marché le plus profond et liquide du monde, garantissant un flux constant de capitaux internationaux.

Matéis Mouflet

Analyste de marché chez XTB

Analyste de marchés spécialisé en finance, Matéis Mouflet suit et interprète les tendances macroéconomiques et multi-actifs pour produire des analyses et recommandations stratégiques. Il est également professeur vacataire à l’IAE de Lille.

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