09:52 · 23 octobre 2026

BREAKING : La France ralentit, l'Allemagne tient bon. L'euro passe sous la barre des 1,12

Points clés
Points clés
  • L'indice PMI composite français a reculé à 48,4 points en octobre, les crises politiques et budgétaires ayant entraîné une contraction du secteur privé.
  • L'indice PMI composite allemand a chuté à 52,8 points, alors que le secteur manufacturier a progressé et que celui des services a stagné dans un contexte de forte inflation.
  • La parité EUR/USD est passée sous la barre des 1,12 à la suite de la publication de ces données françaises décevantes, à la veille de la prochaine réunion de la BCE.

Les indices PMI préliminaires du mois d’octobre ont mis en évidence l’ampleur de la divergence entre les deux plus grandes économies de la zone euro. Le secteur privé français est entré en phase de contraction, ce qui, dans ce cas précis, compte tenu des récentes manifestations et des inquiétudes budgétaires, n’a rien de surprenant. L’indice PMI composite a chuté à 48,4 points, alors que les prévisions s’établissaient à 50,3 points. L’industrie manufacturière et les services se sont retrouvés simultanément sous la barre des 50 points.

L'Allemagne continue de croître, bien qu'à un rythme plus lent que prévu. Le secteur manufacturier a créé la surprise à la hausse, mais celui des services s'affaiblit visiblement sous le poids d'une forte inflation. Le marché a interprété ces données sans ambiguïté : la parité EUR/USD est passée sous la barre des 1,12, tandis qu'en arrière-plan, le compte à rebours vers la réunion de la BCE de jeudi prochain bat lentement son plein.

France : une déception manifeste

  • PMI composite : 48,4 pts (prévision : 50,3 pts ; précédemment : 51,1 pts). Ce résultat est inférieur à la prévision la plus basse de la fourchette comprise entre 50,0 et 51,1.
  • Industrie manufacturière : 49,3 pts (prévision : 50,5 pts ; précédemment : 50,6 pts). Il s’agit du niveau le plus bas depuis novembre 2025.
  • Services : 48,4 pts (prévision : 50,7 pts, précédent : 51,2 pts).
  • Nouvelles commandes : dans l’industrie : 44,9 pts, le plus bas niveau depuis juillet 2025 ; dans les services : 45,9 pts ; indice composite : 45,7 pts, en baisse pour le 11e mois consécutif.
  • Indice des anticipations à 12 mois : au plus bas depuis 6,5 ans.

Allemagne : la croissance se poursuit, mais ralentit

  • PMI composite : 52,8 pts (prévision : 53,4 pts, précédent : 53,8 pts). Il s’agit du quatrième mois consécutif d’expansion.
  • Industrie manufacturière : 54,2 pts (prévision : 53,5 pts ; précédemment : 53,9 pts). Ce résultat se situe dans la fourchette haute des prévisions et marque le neuvième mois consécutif de croissance. Il y a un an, l’indice s’établissait à 49,6 pts.
  • Services : 51,7 pts (prévision : 52,5 pts ; précédemment : 52,9 pts).
  • Nouvelles commandes : dans l’industrie : 53,6 points (contre 54,4 points précédemment) ; dans les services : 50,0 points (contre 52,3 points précédemment), ce qui signifie une stagnation totale ; indice composite : 51,1 points (contre 53,0 points précédemment).

Commentaire sur les données

La France fait les frais d’une crise à la fois budgétaire et politique. Le taux des obligations à 10 ans a atteint 5 % cette semaine, son plus haut niveau depuis 2002. L’écart par rapport aux Bunds s’est creusé pour atteindre près de 175 points de base, son plus haut niveau depuis 2011. Comme le souligne S&P Global, le resserrement brutal des conditions financières s’est immédiatement traduit par une baisse des achats et des investissements des entreprises.

À cela s’ajoutent les manifestations et les troubles, dont le coût est estimé à environ 1 milliard d’euros. Le plus inquiétant reste toutefois la chute des anticipations des entreprises, alimentée par les craintes liées à l’élection présidentielle de 2027, pour laquelle Marine Le Pen est donnée favorite au premier tour. La chute des nouvelles commandes laisse penser que le mois d’octobre pourrait n’être qu’un avant-goût des mois plus difficiles à venir. Ce soir, Moody's réexaminera la note de la France et, dans les conditions actuelles, une surprise positive semble peu probable.

L'économie allemande continue de bénéficier des dépenses publiques consacrées aux infrastructures et à la défense, ainsi que des investissements dans l'intelligence artificielle. Cela se remarque dans le secteur industriel, qui progresse grâce aux exportations et aux commandes dans le domaine de la défense. Cependant, le secteur des services montre le revers de la médaille : l'inflation érode le pouvoir d'achat des consommateurs, et les nouvelles commandes dans ce secteur sont au point mort. Selon S&P Global, la recrudescence des pressions sur les coûts liée au renchérissement de l'énergie suite à l'escalade du conflit avec l'Iran pèse également sur le moral des acteurs du secteur industriel. L'Allemagne reste donc le pilier de la zone euro, mais sa reprise est fragile.

Pour l'ensemble de la zone euro, le tableau s'apparente de plus en plus à une stagflation : l'activité s'affaiblit, tandis que l'inflation (3,8 % en septembre) et les prix de l'énergie restent élevés.

EURUSD : les données françaises ont fait pencher la balance

La monnaie unique est passée sous la barre des 1,12 face au dollar juste après la publication des données françaises. Jeudi encore, l’EURUSD s’établissait autour de 1,1245 ; le rebond de jeudi s’est donc avéré n’être qu’une simple correction au sein d’une tendance baissière. Plusieurs facteurs pèsent simultanément sur l’euro :

  • un ralentissement de la dynamique économique,
  • une prime de risque record pour la France,
  • un prix élevé du pétrole, qui favorise le dollar,
  • la demande d’actifs refuges suite à la chute des valeurs technologiques.

Le support le plus proche se situe à 1,1151 (plus bas du 15 octobre), près du retracement de 50,0 % de la vague haussière à long terme, suivi de la zone 1,1109–1,1111. La résistance se situe désormais à 1,1250. Un risque supplémentaire à court terme réside dans la décision de Moody’s attendue ce soir : une dégradation de la note de la France pourrait accentuer la baisse de l’euro en début de semaine prochaine.

Réunion de la BCE la semaine prochaine

La réunion de la BCE est prévue les 28 et 29 octobre. Les marchés et les économistes s’attendent presque à l’unanimité à une pause après deux hausses des taux depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Bloomberg Economics prévoit une dernière hausse en décembre, à 2,75 %.

Les données publiées aujourd’hui compliquent toutefois la donne. L’inflation et les prix de l’énergie plaident en faveur d’un nouveau resserrement monétaire, mais le ralentissement de l’activité en France et les tensions sur le marché obligataire augmentent le coût de chaque hausse de taux supplémentaire. Le message de Christine Lagarde sera déterminant. Si elle laisse clairement entrevoir une hausse en décembre, l’euro pourrait regagner une partie de ses pertes.

En revanche, s’il met davantage l’accent sur les risques pesant sur la croissance et la stabilité du marché de la dette, cela donnerait à la paire EUR/USD un argument supplémentaire en faveur de nouvelles baisses.


 

Louise Girard

Analyste de marchés

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