15:37 · 29 octobre 2026

Résultats de ServiceNow : qu'est-ce qui a mal tourné ?

Points clés
Points clés
  • ServiceNow a enregistré une chute de près de 25% suite à la publication de ses résultats du troisième trimestre 2026.
  • Le chiffre d'affaires a progressé de 20% sur un an pour atteindre 4,1 milliards USD, dépassant légèrement les attentes du marché.
  • Le bénéfice par action s'est établi à 1,00 USD, manquant le consensus de 1,02 USD en raison de coûts de la dette plus élevés.
  • La croissance du cRPO pour la fin de l'année a été abaissée à 18,5%, signalant un affaiblissement potentiel de l'effet de levier opérationnel.

ServiceNow a subi une vente massive de près de 25 % après la publication de ses résultats du T3 2026. Les chiffres et les prévisions étaient-ils vraiment si mauvais pour justifier une perte de valeur aussi importante et soudaine ?

Résultats

En apparence, les données publiées étaient bonnes, voire très bonnes.

  • Le chiffre d'affaires a progressé de 20 % sur un an, atteignant 4,1 milliards USD, légèrement au-dessus du consensus, qui se situait autour de 4,095 milliards USD.
  • Les créances à court terme ont augmenté de 20 % pour atteindre 13,65 milliards USD. Dans le même temps, les créances à long terme ont progressé à 29,7 milliards USD, en hausse de 22 % sur un an.
  • Par ailleurs, l'entreprise a mis en avant une hausse du nombre de contrats de plus de 5 millions USD à 19, soit une croissance de 135 %.
  • La meilleure nouvelle pour les investisseurs est peut-être la nouvelle révision à la hausse des prévisions d'AVC, cette fois à 1,7 milliard USD contre 1 milliard USD en début d'année. L'entreprise a également révélé que l'utilisation des agents IA par les clients avait été multipliée par 13 sur l'année.
  • Tout cela a également permis à l'entreprise de relever ses prévisions de marge de FCF à 36 %.

Au vu de ces résultats, quel chiffre a fait chuter le cours de l'action de plus d'une dizaine de pourcent ?

La cause en est le BPA de l'entreprise, ressorti à 1,00 USD au lieu des 1,02 USD attendus. Ces deux centimes comptent bien plus pour les actionnaires qu'il n'y paraît de prime abord.

La directrice financière a attribué ce manque à gagner à une baisse des revenus d'intérêts et à une hausse du coût de la dette liée à l'acquisition d'Armis. Cela signifie que les coûts de financement des acquisitions pèsent sur les actionnaires même lorsque les entreprises rachetées atteignent leurs objectifs opérationnels.

 

Les prévisions ne sont pas non plus toutes positives. On pourrait même dire que pire encore que le BPA, la prévision de croissance du cRPO (obligations de performance restantes à court terme) a été revue à la baisse pour la fin de l'année, à 18,5 %. Ce chiffre est inférieur aux attentes minimales du marché, d'environ 19 %, et signale un possible affaiblissement, voire une rupture, du levier opérationnel.

Pris isolément, ce signal ne justifie pas autant d'inquiétude que ne le laisse penser la réaction du marché. Cependant, un ralentissement durable de la croissance des créances par rapport au chiffre d'affaires changerait radicalement les perspectives de l'entreprise.

Dépasser les propres prévisions de marge de l'entreprise ne signifie pas que les marges se sont améliorées sur un an. Le recul de la rentabilité, même en valeur ajustée, laisse penser que le problème ne peut s'expliquer uniquement par l'amortissement des actifs acquis.

 

Tout cela indique qu'à court et moyen terme, la monétisation de l'IA ne sera ni aussi rapide ni aussi peu coûteuse que le marché l'avait anticipé. Dans le même temps, cette monétisation elle-même pourrait ne pas avoir un impact aussi immédiat sur la rentabilité que ne le laissaient entendre les prévisions précédentes.

La panique est-elle justifiée ?

Si la compression des marges, tant ajustées que publiées, constitue une véritable source d'inquiétude pour les actionnaires, il est difficile de justifier l'ampleur de la réaction du titre, même en tenant compte des effets de levier opérationnel.

La direction évoque des renouvellements anticipés comptabilisés au T3, une part plus importante d'implémentations sur site, ainsi que des contrats comportant des clauses T4C exclus du carnet de commandes. Le support à l'implémentation ajouté aux contrats déplace une partie de la valeur des abonnements vers les services.

La croissance reste solide sur pratiquement tous les indicateurs mesurables, et la base de clients s'élargit à un rythme très soutenu. Monétiser cette base représente une opportunité de flux de trésorerie considérables pour l'entreprise et ses actionnaires, même si cela prend un peu plus de temps que prévu.

Matéis Mouflet

Analyste de marchés chez XTB

Analyste de marchés spécialisé en finance, Matéis Mouflet suit et interprète les tendances macroéconomiques et multi-actifs pour produire des analyses et recommandations stratégiques. Il est également professeur vacataire à l’IAE de Lille.

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