15:02 · 16 septembre 2026

BREAKING : La consommation américaine ne faiblit pas, ce qui met fin au débat au sein de la Fed

Les chiffres préliminaires des ventes au détail du mois d’août ont dépassé les attentes dans tous les domaines, et chaque composante sous-jacente s’est révélée plus solide que le chiffre global lui-même. Alors qu’une hausse de 25 points de base est déjà anticipée à 92 % à l’approche de la réunion du FOMC d’aujourd’hui, ce rapport ne modifie pas les perspectives pour septembre, mais rend l’argument en faveur d’un arrêt à ce niveau nettement plus difficile à défendre.

Chiffres clés :

  • Chiffre global : +1,2 % en glissement mensuel contre +0,8 % attendu ; chiffre précédent : -0,6 %, révisé à -0,5 %
  • Hors automobiles : +1,4 % contre +0,5 % attendu, soit un résultat près de trois fois supérieur aux prévisions
  • Groupe de contrôle : +1,4 % contre +0,4 % prévu, après -0,4 % en juillet ; c’est cet indicateur qui alimente le PCE des biens et le suivi du PIB
  • Hors automobiles et essence : +1,2 % contre -0,3 % précédemment, l’indicateur le plus clair de la demande sous-jacente
  • Variation nominale en glissement annuel : 6,0 % contre 5,01 % précédemment
  • Détail par catégorie : essence +3,1 %, vente hors magasin +2,6 %, mobilier +1,9 %, électronique et électroménager +1,6 %, restaurants et bars +1,2 %, articles de sport +1,2 %, matériaux de construction -0,2 %
  • Réaction du marché : minime. Les probabilités de hausse restent inchangées à environ 92 %, deux hausses complètes sont toujours anticipées d’ici la fin de l’année, le taux américain à 10 ans dépasse les 5 %

L'argument de l'essence ne tient pas la route

Les ventes au détail sont exprimées en valeur nominale, et c'est en août que le choc pétrolier s'est fait sentir à la pompe. La hausse de 3,1 % en glissement mensuel enregistrée par les stations-service s'explique par les prix, et non par les volumes. Le Brent a augmenté d'environ 18 % sur le mois. Il s'agit là d'une véritable distorsion du chiffre global

Cet effet est d'ailleurs déjà écarté, et l'indice hors automobiles et essence affiche toujours une hausse de 1,2 %. Voilà toute l'histoire. La hausse des coûts du carburant agit normalement comme un impôt sur le budget des ménages : les consommateurs paient plus à la pompe et réduisent leurs dépenses ailleurs. En août, cela n’a pas été le cas. Les restaurants et les bars, premières dépenses que les ménages réduisent lorsqu’ils sont sous pression, ont progressé de 1,2 %. Seuls les matériaux de construction ont reculé, et à peine. Le consommateur américain a absorbé un choc énergétique important sans réorienter ses dépenses vers d’autres postes.

Pourquoi cela importe pour la Fed

Les banques centrales sont censées ne pas tenir compte des chocs énergétiques du côté de l’offre, et cette approche repose sur une hypothèse : que le choc détruit la demande de lui-même. Ce rapport réfute cette hypothèse. Lorsque les dépenses sont suffisamment solides pour absorber intégralement une flambée des prix des carburants, les conditions pour des effets de second tour sont réunies : les entreprises confrontées à des coûts plus élevés des intrants et du fret découvriront qu’elles peuvent les répercuter.

Cela contredit également de moitié le scénario de stagflation avancé par les marchés boursiers. Le S&P 500 a chuté à son plus bas niveau depuis six semaines, partant de l’hypothèse qu’un choc énergétique combiné à un resserrement monétaire de la Fed entraînerait un ralentissement de la croissance. Ces données indiquent qu’il n’y a pas de « stag » pour l’instant, seulement la «flation ». C’est une combinaison plus défavorable pour les obligations que pour les actions.

L'indice US500 est en hausse aujourd'hui après avoir atteint son plus bas niveau depuis le 3 août. Cependant, dans les premières minutes qui ont suivi la publication des données, l'indice US500 a perdu environ 7 points. Source : XTB

Trois mises en garde, aucune d'entre elles n'étant accommodante

Il s'agit d'un rebond après un mois négatif ; la moyenne sur deux mois est donc bien plus modeste que ne le laisse entendre le titre. Une partie de la vigueur observée dans les secteurs de l’ameublement et de l’électronique s’explique par des achats anticipés en prévision de hausses de prix attendues, qui puisent dans les trimestres à venir, mais cela constitue un symptôme d’anticipations d’inflation non ancrées et donc un argument en faveur d’une hausse des taux, et non contre. De plus, l’effet d’éviction lié à l’énergie se manifeste généralement avec un décalage d’un à deux mois ; son absence en août ne préjuge donc en rien d’octobre.

La situation à laquelle la Fed est confrontée est d’une simplicité déconcertante : une poussée inflationniste du côté de l’offre survient alors que le côté de la demande ne montre aucun signe de ralentissement. C’est dans ces conditions que les banques centrales relèvent leurs taux, et continuent de le faire.

Louise Girard

Analyste de marchés

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