10:34 · 25 août 2026

Graphique du jour : l'EUR/USD sous la pression du dollar. Les données Bessent, l'indice PCE et la conférence de Jackson Hole détermineront la prochaine tendance

La séance de mardi sur la paire EUR/USD est marquée par un léger raffermissement du dollar, mais la situation sur le marché des changes reste bien plus complexe qu’elle ne l’était il y a encore quelques jours. La paire euro-dollar a reculé depuis le niveau de 1,17, mais plusieurs développements se profilent en arrière-plan qui pourraient avoir un impact bien plus important sur la devise américaine au cours des prochaines semaines.

L’une des questions les plus importantes concerne l’activité du département du Trésor américain, dirigé par Scott Bessent, sur le marché obligataire. Le Trésor a décidé de doubler le volume de ses opérations trimestrielles de rachat d’obligations à long terme. Parallèlement, M. Bessent a annoncé que le calendrier habituel des adjudications de dette américaine resterait inchangé. Les premières opérations de grande envergure devraient débuter en septembre.

Les mesures prises par M. Bessent pourraient devenir l’un des thèmes les plus importants pour le dollar. Le Trésor tente de réduire la pression sur les rendements à long terme, tandis que le marché obligataire américain continue de faire face à des niveaux d’endettement élevés, à des besoins d’emprunt substantiels et à des coûts de service de la dette élevés.

Par ailleurs, nous recevrons demain les dernières données sur l'inflation PCE aux États-Unis, l'indicateur d'inflation à la consommation privilégié par la Réserve fédérale. Le marché s'attend actuellement à ce que l'inflation PCE sous-jacente se maintienne autour de 3,3 % en glissement annuel, inchangée par rapport à juin.

En Europe, quant à elle, les données allemandes publiées aujourd'hui ont retenu l'attention. Le produit intérieur brut a progressé de 0,3 % en glissement trimestriel au deuxième trimestre, un résultat supérieur à ce qu'indiquait l'estimation précédente.

Tout cela place la paire EUR/USD à un tournant particulièrement intéressant. Du côté du dollar, les rendements obligataires élevés et les incertitudes géopolitiques constituent un soutien à court terme, mais des interrogations croissantes planent sur la politique du Trésor américain et la situation sur le marché de la dette. Du côté de l’euro, la situation économique allemande s’est quelque peu améliorée, tandis que les anticipations d’une politique monétaire plus restrictive de la part de la Banque centrale européenne restent d’actualité.

Source: xStation5

Facteurs influençant actuellement la paire EUR/USD

Scott Bessent joue un rôle de plus en plus important sur le marché du dollar

Ces derniers jours, le marché obligataire américain est devenu l’un des thèmes majeurs des marchés financiers. Le rendement des bons du Trésor américain à 30 ans avait auparavant atteint son plus haut niveau depuis 2007. En réponse, le département du Trésor a décidé d’augmenter l’ampleur de ses opérations de rachat de dette à long terme.

Bessent cherche à améliorer la liquidité du marché et à réduire la pression sur la partie longue de la courbe des taux. Dans le même temps, le Trésor n’a pas l’intention de réduire les adjudications régulières d’obligations, ce qui est significatif étant donné que le gouvernement américain a toujours besoin d’énormes montants de financement.

Cela est particulièrement intéressant du point de vue de la paire EUR/USD. Les mesures prises par le Trésor montrent que les rendements obligataires élevés sont devenus un problème suffisamment grave pour que les autorités américaines tentent activement d’influencer le fonctionnement du marché.

Cela ne signifie bien sûr pas que les rachats d’obligations du Trésor équivalent à l’assouplissement quantitatif mené par la Réserve fédérale. Il s’agit d’opérations liées à la gestion de la dette et à la liquidité du marché. Leur importance réside dans le fait qu’elles démontrent la sensibilité croissante de l’administration américaine au niveau des rendements à long terme.

Si les investisseurs concluent que les mesures du Trésor sont efficaces, les rendements pourraient baisser et la pression sur le dollar pourrait s’accentuer. Si, en revanche, le marché estime que ces rachats ne résolvent pas le problème du niveau élevé de la dette et des besoins d’emprunt colossaux des États-Unis, les rendements à long terme pourraient remonter.

Les marchés attendent les données sur l’inflation PCE aux États-Unis

Un autre événement majeur sera la publication, mercredi, des données sur l’inflation PCE aux États-Unis.

En juin, l’inflation PCE sous-jacente s’est établie à 3,3 % en glissement annuel, contre 3,4 % en mai. Les anticipations actuelles du marché laissent entrevoir un chiffre qui devrait se maintenir autour de 3,3 % en juillet.

Un tel résultat ne constituerait pas une grande surprise, mais signifierait également que l’inflation reste bien au-dessus de l’objectif de 2 % de la Réserve fédérale. Ce point est important car le marché doit actuellement concilier deux signaux contradictoires émanant de l’économie américaine.

D’une part, la faiblesse des données sur le marché du travail a tempéré les anticipations d’un nouveau resserrement monétaire. D’autre part, l’inflation n’est toujours pas revenue à un niveau qui permettrait à la Réserve fédérale de se concentrer entièrement sur le soutien au marché du travail.

Si l’indice PCE s’avère inférieur aux attentes, les rendements des bons du Trésor américain pourraient subir des pressions et le dollar pourrait à nouveau perdre un peu de sa vigueur. Pour la paire EUR/USD, ce serait un signal positif.

Un résultat supérieur aux prévisions aurait l’effet inverse. Dans un tel scénario, les marchés pourraient à nouveau anticiper une plus grande probabilité que les taux d’intérêt restent élevés aux États-Unis, ce qui apporterait un soutien supplémentaire au dollar.

Le PIB allemand donne un argument supplémentaire à l’euro

Du côté de l’euro, les données allemandes publiées aujourd’hui se sont révélées légèrement meilleures que prévu.

Le PIB allemand a progressé de 0,3 % en glissement trimestriel au deuxième trimestre et de 1 % en glissement annuel. L’estimation précédente tablait sur une croissance trimestrielle de 0,2 %. Cela ne constitue pas encore la preuve d’une forte reprise de l’économie allemande. Toutefois, ces données suggèrent que la situation est légèrement meilleure que ce qui avait été supposé auparavant.

Pour l’euro, cela revêt également une importance dans le contexte de la politique de la Banque centrale européenne. Si l’économie du plus grand pays de la zone euro commence à faire preuve d’une plus grande résilience, les arguments en faveur d’une approche plus prudente vis-à-vis des baisses de taux d’intérêt s’en trouvent renforcés.

Le marché s’attend toujours à ce que la BCE décide de relever ses taux d’intérêt en septembre.

Par ailleurs, l’indice Ifo est publié aujourd’hui ; il permet de mieux cerner la façon dont les entreprises allemandes évaluent la conjoncture actuelle et les perspectives économiques. Il s’agit là d’une autre pièce importante du puzzle pour l’euro.

La Fed et le Trésor américain prennent une importance croissante aux yeux du marché

C’est actuellement l’un des aspects les plus intéressants de l’évolution de la paire EUR/USD.

Jusqu’à récemment, le principal enjeu pour le dollar résidait dans la différence entre la politique de la Réserve fédérale et celle de la Banque centrale européenne. La situation est désormais plus complexe. Les marchés doivent évaluer simultanément la politique de la Réserve fédérale, la situation budgétaire américaine et les mesures prises par le Trésor américain.

Les rendements obligataires élevés constituent un problème tant pour le gouvernement américain que pour l’économie dans son ensemble. D’une part, ils augmentent le coût du service de la dette publique ; d’autre part, ils alourdissent les coûts de financement pour les entreprises et les ménages.

C’est pourquoi les mesures prises par M. Bessent ont également une incidence sur le marché des changes. Si le Trésor s’active de plus en plus pour tenter de limiter la hausse des rendements, cela pourrait affaiblir l’un des avantages majeurs du dollar, qui découle des taux d’intérêt élevés et des rendements élevés des bons du Trésor américain.

Dans le même temps, les mesures prises par le Trésor soulèvent davantage de questions quant à la crédibilité de M. Bessent et à l’efficacité des mesures mises en œuvre. Le marché a d’abord réagi positivement à l’annonce des opérations de rachat, mais les rendements ont ensuite recommencé à grimper.

Cela pourrait constituer un signal important pour le dollar. Si les investisseurs commencent à croire que les autorités américaines ont une capacité limitée à influencer la partie longue de la courbe des taux, les rendements élevés pourraient rester l’un des thèmes clés pour la devise américaine.

Jackson Hole pourrait constituer un autre tournant

La liste des événements importants pour la paire EUR/USD ne s’arrête pas là.

Vendredi, les marchés se concentreront sur le discours du président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, lors du symposium de Jackson Hole. Ce discours revêtira une importance particulière, car les investisseurs y chercheront des indices sur l’orientation future de la politique monétaire.

M. Warsh doit trouver un équilibre délicat. L’inflation reste supérieure à l’objectif de la Réserve fédérale, les rendements obligataires à long terme sont élevés, tandis que le marché du travail envoie des signaux de faiblesse.

Un autre enjeu réside dans l’importance croissante de la politique budgétaire et des mesures prises par le Trésor. Les marchés prêteront donc attention non seulement à ce que M. Warsh dira au sujet des taux d’intérêt, mais aussi à son point de vue sur l’inflation, les rendements obligataires et l’indépendance de la Réserve fédérale.

Si M. Warsh adopte un ton plus « hawkish », le dollar pourrait bénéficier d’un soutien supplémentaire. En revanche, s’il laisse entrevoir une plus grande volonté d’assouplir la politique monétaire, la pression sur la devise américaine pourrait s’accentuer.

Points clés

  • Les interventions de Scott Bessent sur le marché des bons du Trésor américain deviennent l’un des thèmes les plus importants pour le dollar.
  • Le Trésor a doublé le volume de ses opérations trimestrielles de rachat d’obligations à long terme, portant la valeur minimale de chaque opération de 2 milliards de dollars à au moins 4 milliards de dollars.
  • Dans le même temps, le Trésor n’a pas l’intention de réduire les adjudications régulières de dette, ce qui souligne l’ampleur des besoins de financement du gouvernement américain.
  • Demain, les marchés recevront les dernières données sur l’inflation PCE, l’indice PCE sous-jacent devant actuellement se maintenir autour de 3,3 % en glissement annuel.
  • Un chiffre de l’IPC supérieur aux prévisions pourrait renforcer les anticipations d’un maintien des taux d’intérêt américains à un niveau élevé et soutenir le dollar.
  • Un chiffre inférieur aux prévisions pourrait faire baisser à nouveau les rendements obligataires et accroître la pression sur le dollar.
  • Le PIB allemand a progressé de 0,3 % en glissement trimestriel au deuxième trimestre, un résultat supérieur à l’estimation précédente de 0,2 %, ce qui apporte un argument fondamental supplémentaire en faveur de l’euro.
  • Vendredi, les marchés se concentreront sur le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole, qui pourrait s’avérer crucial pour les anticipations concernant l’orientation future de la politique de la Réserve fédérale.
  • La question clé pour la paire EUR/USD n’est actuellement pas seulement de savoir ce que fera la Réserve fédérale, mais aussi si les mesures prises par le Trésor américain permettront de réduire la pression sur le marché de la dette américaine.

 

Louise Girard

Analyste de marchés

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