17:24 · 9 septembre 2026

📈 Le prix du pétrole dépasse les 100 dollars

Le Brent a franchi la barre des 100 dollars le baril mercredi 9 septembre, atteignant son plus haut niveau depuis environ six semaines, alors que la reprise des combats au Moyen-Orient a ravivé les inquiétudes concernant l’approvisionnement énergétique. Cette nouvelle escalade intervient après des mois de perturbations des exportations et de réduction des stocks, rendant le marché plus vulnérable à de nouvelles pertes d’approvisionnement. Pour les consommateurs et les entreprises, une période prolongée de prix du pétrole à trois chiffres pourrait se traduire par une hausse des coûts du carburant, des transports et de la production. Cela pourrait également raviver les pressions inflationnistes et maintenir les taux d’intérêt à un niveau élevé plus longtemps.

  • Le Brent a brièvement atteint 101 dollars le baril. Cette hausse a prolongé une remontée qui a fait grimper le Brent d’environ 26 % depuis début août, alors que les espoirs d’une résolution durable du conflit entre les États-Unis et l’Iran, qui dure depuis six mois, se sont estompés.
  • Les prix restent inférieurs au pic d’avril, qui s’élevait à 126 dollars le baril. Cependant, le marché est désormais confronté à de nouvelles perturbations, avec des stocks plus faibles et une capacité de production de réserve limitée.
  • La préoccupation ne porte donc pas seulement sur l’ampleur de la hausse des prix, mais aussi sur le peu de marge de manœuvre qui subsiste si une autre source d’approvisionnement majeure venait à être interrompue.
  • On observe un problème structurel plutôt qu’un choc ponctuel, les prix reflétant de plus en plus une prime liée à la sécurité d’approvisionnement. Cette prime devrait s’accroître si les tensions géopolitiques persistent au lieu de disparaître rapidement.

De nouvelles attaques mettent en danger les infrastructures énergétiques et les pétroliers

La dernière vague de violence a mis fin à environ un mois de calme relatif. Mardi, le mouvement houthiste yéménite, soutenu par l’Iran, a frappé plusieurs villes saoudiennes, accentuant la pression sur un allié clé des États-Unis. Les attaques contre des installations de production de pétrole saoudiennes ont provoqué l’embrasement de sites de production de pétrole, accélérant la remontée des cours observée cette semaine et faisant craindre que les perturbations ne s’étendent davantage dans le Golfe. Les infrastructures militaires, maritimes et énergétiques sont toutes à nouveau menacées.

Par ailleurs, le Commandement central américain a déclaré que les forces américaines avaient détruit cinq pétroliers iraniens en représailles à une précédente attaque au missile balistique menée par le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien contre un navire de guerre de la marine américaine. S’exprimant lors d’une visite en Colombie, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que l’Iran continuait de prendre pour cible les navires de guerre américains et a averti que de nouvelles tentatives entraîneraient des pertes supplémentaires de pétroliers iraniens.

Le CGRI a par la suite annoncé avoir lancé des missiles balistiques contre une base militaire américaine en Jordanie et attaqué dix navires, dont deux navires américains et huit navires transportant du pétrole, dans une zone interdite du détroit d’Ormuz. Les autorités jordaniennes ont déclaré avoir intercepté 18 des 20 missiles tirés sur le pays, les deux autres s’étant abattus dans des zones inhabitées sans faire de victimes. Les États-Unis ont qualifié l’attaque en Jordanie d’inefficace.

Les perturbations du transport maritime empêchent des millions de barils d’atteindre les marchés d’exportation

La menace pesant sur le transport maritime dépasse le cadre des derniers échanges à Ormuz. Des avertissements ont également mis en évidence les risques encourus par les pétroliers dans les ports koweïtiens et bahreïnis. Reuters, citant une source spécialisée dans la sécurité maritime, a rapporté qu’un méthanier avait été endommagé à Khor Fakkan, aux Émirats arabes unis, sans qu’aucun groupe n’ait revendiqué la responsabilité de cette attaque.

L’ampleur des perturbations actuelles est considérable. Vortexa, société spécialisée dans le suivi des expéditions de pétrole, estime qu’environ 10 millions de barils par jour d’exportations font toujours défaut en raison de la guerre en Iran, un volume équivalant à environ 10 % de la demande mondiale de pétrole. Il s’agit là d’une mesure des exportations perturbées, plutôt que d’un calcul du déficit net de l’offre mondiale après prise en compte d’autres sources de production et des sorties de stocks.

Des producteurs tels que les États-Unis, le Canada et la Guyane ont augmenté leur production, mais ces gains n’ont pas suffi à atténuer la pression générale sur l’offre. En août, l’Agence internationale de l’énergie a prévu que l’offre mondiale de pétrole baisserait de 4,3 millions de barils par jour en 2026, soit environ 4 %. Avec des millions de barils déjà indisponibles et des stocks d’urgence épuisés, les analystes estiment que la capacité à absorber de nouvelles perturbations est moindre qu’au début de la guerre.

Les réserves d’urgence offrent une marge de manœuvre réduite

Six mois de baisse des exportations du Moyen-Orient ont contribué à épuiser les stocks de plusieurs grands pays consommateurs. La Réserve stratégique de pétrole des États-Unis s’élève désormais à 289,7 millions de barils, son niveau le plus bas depuis 1982, après des années de prélèvements sous les mandats de Joe Biden et de Donald Trump visant à protéger les consommateurs contre la hausse des prix des carburants. Il en résulte une réserve d’urgence plus restreinte en cas de nouvelle détérioration des conditions d’approvisionnement.

L’AIE a annoncé en mars la mise à disposition de 400 millions de barils provenant des réserves d’urgence, et environ les trois quarts de ce volume ont déjà été libérés. Néanmoins, l’agence fait valoir que les stocks mondiaux restent importants si l’on prend en compte conjointement les stocks commerciaux, la réserve stratégique américaine, les stocks chinois et le pétrole stocké ou transporté en mer. Son évaluation est donc plus rassurante que ne le laisserait supposer la baisse observée dans une seule catégorie de réserves.

La difficulté réside dans le fait qu’un chiffre global élevé de stocks ne se traduit pas nécessairement par du pétrole pouvant être mis à disposition immédiatement. Certains barils sont encore en transit, d’autres sont déjà réservés à des acheteurs, et certains sont détenus dans des pays tels que la Chine qui divulguent relativement peu d’informations sur leurs réserves disponibles. La distinction entre les stocks totaux et les approvisionnements facilement accessibles prend toute son importance à mesure que les perturbations persistent.

La hausse des prix du pétrole alimente l’inflation et accentue la pression politique

Des prix se maintenant au-dessus de 100 dollars auraient des conséquences bien au-delà du marché du pétrole. Une énergie plus chère pourrait faire grimper les coûts de transport et de production, peser sur les budgets des ménages et des entreprises, et rendre l’inflation plus difficile à maîtriser. Cela renforcerait le risque que les taux d’intérêt restent élevés plus longtemps.

Aux États-Unis, le prix moyen national de l’essence devait atteindre 4,03 dollars le gallon pendant le week-end de la Fête du Travail. Ce chiffre était une prévision plutôt qu’une donnée confirmée, mais il se situe juste au-dessus du seuil des 4 dollars que les analystes considèrent comme particulièrement pénible pour de nombreux consommateurs.

Les prix élevés à la pompe constituent également un défi politique pour le Parti républicain de Trump à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Les républicains chercheront à défendre leurs majorités fragiles au sein des deux chambres du Congrès, ce qui fait du coût du carburant un point de vulnérabilité potentiel à mesure que la campagne avance.

Cette remontée reflète un jugement clair des investisseurs quant aux conséquences d’une nouvelle escalade. Il estime que l’offre et la demande ont peu de chances de retrouver leur équilibre dans un avenir prévisible, à moins que le détroit d’Ormuz ne soit rouvert et que les livraisons de pétrole ne reprennent sans interruption. Selon son analyse, c’est la reprise des échanges physiques, plutôt qu’un bref apaisement des tensions, qui est au cœur des perspectives.

Graphique du PÉTROLE (intervalle D1)

Source: xStation5

Matéis Mouflet

Analyste de marchés chez XTB

Analyste de marchés spécialisé en finance, Matéis Mouflet suit et interprète les tendances macroéconomiques et multi-actifs pour produire des analyses et recommandations stratégiques. Il est également professeur vacataire à l’IAE de Lille.

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