Les contrats à terme sur le gaz naturel européen (TTF) enregistrent aujourd’hui des hausses significatives, progressant de plus de 6% pour atteindre un niveau de près de 58 EUR/MWh. Parallèlement aux prix du gaz en Europe, on observe également une hausse des prix du gaz aux États-Unis, liée à une évolution des prévisions météorologiques. Il convient toutefois de rappeler que le marché américain est caractérisé par une forte surabondance de l’offre, tandis qu’en Europe, les difficultés à reconstituer les stocks persistent.
Quelles sont précisément les causes de la hausse des prix du gaz en Europe ? Avons-nous des raisons de nous inquiéter à l'approche de l'hiver ?
- Crise non résolue dans le détroit d’Ormuz : Les négociations entre l’Iran et Oman n’ont pas réussi à convaincre les investisseurs d’une reprise rapide des approvisionnements mondiaux en GNL. Bien que le ministre iranien des Affaires étrangères ait déclaré ce week-end qu’un accord était « très proche », il a simultanément averti que cela n’entraînerait pas la réouverture immédiate de la voie navigable. De plus, l’accord lui-même entre l’Iran et Oman signifierait le début de la perception de droits de passage exorbitants auprès des navires transitant par le détroit, ce qui est inacceptable pour les États-Unis et la plupart des transporteurs.
- Des stocks de gaz à un niveau critique : À moins de trois mois du début de la saison de chauffage, les installations de stockage de gaz européennes ne sont remplies qu’à un peu moins de 59 %. Il s’agit des niveaux les plus bas depuis 2009, nettement inférieurs à la moyenne saisonnière sur cinq ans pour cette période de l’année, qui est de 76%. L’Europe se retrouve ainsi confrontée à une concurrence féroce avec l’Asie pour les cargaisons de GNL.

Le réapprovisionnement des stocks est déjà au plus bas depuis plus de cinq ans. Source : Bloomberg Finance LP, XTB

Les livraisons de gaz vers les sites de stockage en Europe sont nettement inférieures à la moyenne sur cinq ans, et la saison d’entretien des infrastructures gazières est sur le point de commencer, ce qui ralentira le rythme de reconstitution des stocks. Source : Bloomberg Finance LP, XTB
- Vagues de chaleur à venir (flambée de la demande) : Une forte vague de chaleur est attendue en Europe occidentale (Royaume-Uni, France, ouest de l’Allemagne) dans la seconde moitié de la semaine. Les températures devraient atteindre 33 °C à Londres et à Francfort, voire 35 à 36 °C à Paris, ce qui fera considérablement augmenter la demande d’électricité liée à la climatisation. De plus, les températures élevées pourraient entraver le fonctionnement des centrales électriques en cas de faibles niveaux d’eau des cours d’eau.
- Pannes et contraintes infrastructurelles : De nouvelles pannes compliquent la situation de l’approvisionnement. L’opérateur norvégien Gassco a signalé l’indisponibilité du gisement de gaz de Dvalin (perte de 5,9 millions de mètres cubes par jour depuis le 10 août). Par ailleurs, le géant français de l’énergie EDF a été contraint de réduire fortement la puissance des réacteurs nucléaires de Gravelines et de Saint-Alban, ce qui fera peser la charge de la production d’électricité sur les centrales au gaz.
L’absence de perspectives de reprise rapide des livraisons de GNL en provenance du Moyen-Orient (le Qatar prévoyait de reprendre ses livraisons vers l’Europe en septembre, mais cela est déjà remis en question), combinée au rythme extrêmement lent de remplissage des stockages européens (visible sur les graphiques) et à la demande croissante due aux vagues de chaleur, crée un contexte propice au maintien de prix élevés ou à de nouvelles hausses des cotations de référence européennes sur le TTF.

Bien que le marché du gaz en Europe soit nettement plus diversifié qu'il y a quatre ans, on ne peut exclure que l'on assiste à une hausse marquée avant le début de la saison hivernale. La courbe du marché européen du gaz reste plate à court terme, puis évolue vers un fort « backwardation ». Source : xStation5
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