Les cours du pétrole enregistrent une nette baisse lors de la séance de ce jeudi, dans le prolongement de la tendance observée hier, en raison notamment d'une forte augmentation des stocks américains, de l'avancement théorique des négociations de paix concernant le détroit d'Ormuz et des craintes d'un ralentissement de la demande mondiale. La réduction de la prime de risque géopolitique, combinée à une diminution des positions longues sur les contrats et à la vigueur du dollar, a fait passer les cours du pétrole sous la barre des 88 dollars le baril pour le Brent et sous celle des 82 dollars le baril pour le WTI.

Outre le rapport du DOE sur l'état des stocks, plusieurs publications importantes émanant d'institutions liées au marché pétrolier ont récemment vu le jour.
Production pétrolière au sein de l'OPEP et de l'OPEP+
Le rapport de juillet du cartel fait état d'une reprise partielle de la production au Moyen-Orient, à mesure que les tensions régionales s'apaisent :
- Résultats de l'OPEP+ : les pays signataires de l'accord ont augmenté leur production de 1,37 million de barils par jour en juillet (pour atteindre 28,92 millions de barils par jour). Malgré cette hausse, le groupe reste à 6,91 millions de barils par jour en deçà des quotas fixés. Au sein de l’ensemble du groupe DoC, auquel le rapport de l’OPEP continue d’inclure les Émirats arabes unis, la production a atteint 37,655 millions de barils par jour, soit une augmentation de 1,42 million de barils par jour.
- Principaux producteurs : Cette hausse a été tirée par l’Arabie saoudite (+590 000 barils par jour, à 7,35 millions de barils par jour), l’Irak (+665 000 barils par jour, à 2,62 millions de barils par jour) et le Koweït (+393 000 barils par jour, à 1,85 million de barils par jour).
- Situation de l’Iran : L’Iran a produit 2,478 millions de barils par jour en juillet (+26 000 barils par jour en glissement mensuel). Bien qu’il s’agisse du deuxième mois consécutif de hausse, la production reste inférieure d’environ 700 000 barils par jour au niveau d’avant la guerre (~3,2 millions de barils par jour). Bien que la production reste stable, les données de juillet montrent une nette augmentation des exportations, qui atteignent près d’un million de barils par jour.
- Situation aux Émirats arabes unis : Après avoir quitté l’alliance en mai, les Émirats arabes unis ont maintenu leur production à environ 3,78–3,8 millions de barils par jour, atteignant des volumes supérieurs d’environ 400 000 barils par jour à ceux enregistrés au début du conflit.

Si l'on se place dans la perspective du dernier trimestre 2025, la production actuelle est inférieure d'environ 5 à 6 millions de barils par jour, ce qui, combiné à une baisse de la demande dépassant déjà les 3 millions de barils par jour, signifie que le déficit mondial reste faible. Il convient toutefois de rappeler que ce déficit est fortement limité par la mise sur le marché coordonnée des stocks et des réserves. Source : OPEP
Rapports mensuels de l’AIE et de l’EIA
Les agences énergétiques présentent des perspectives variées concernant l’équilibre entre l’offre et la demande pour les trimestres à venir :
- Agence internationale de l’énergie (AIE) : a revu à la baisse ses estimations concernant la chute de la demande mondiale de pétrole en 2026, la portant à 1,6 million de barils par jour (contre -1,0 million de barils par jour précédemment), en raison des prix élevés des carburants et des perturbations logistiques. Malgré cela, l’AIE prévoit un déficit du marché de 1,8 million de barils par jour au troisième trimestre en raison du blocus du détroit d’Ormuz. Le rapport anticipe un fort rebond en 2027, année où la demande devrait augmenter de 2,4 millions de barils par jour et l’offre de 8,3 millions de barils par jour.
- Prévisions de l’EIA (rapport STEO) : L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) table sur un prix moyen du Brent de 87 $/baril en 2026 (contre 69 $/baril en 2025 et 2027), avec une production américaine stable à 13,8 millions de barils par jour.
Le prix moyen du Brent devrait atteindre cette année 87 dollars le baril, soit un niveau proche de celui actuel. Une baisse significative est attendue l'année prochaine. Source : EIA

L'EIA prévoit que le déficit du marché pétrolier persistera au quatrième trimestre, mais cela suppose bien sûr une réouverture, au moins partielle, du détroit d'Ormuz. Source : EIA
Rapport du DOE sur les stocks : hausse massive des stocks américains
Les données hebdomadaires du ministère américain de l’Énergie ont révélé la plus forte hausse des stocks commerciaux de brut depuis janvier 2023, ce qui peut constituer une surprise de taille compte tenu de la situation actuelle du marché. Cette évolution est liée à un déséquilibre entre importations et exportations :
- Stocks commerciaux de brut : augmentation de 17,42 millions de barils, ce qui est très loin des prévisions du marché qui tablaient sur une baisse d’environ 1,4 million de barils.
- Flambée des importations et baisse des exportations : les importations américaines de pétrole ont augmenté de plus d’un million de barils par jour (leur plus haut niveau depuis novembre 2024) en raison du retour du pétrole saoudien, des livraisons canadiennes et d’une hausse des importations en provenance du Venezuela, qui ont atteint leur plus haut niveau en 9 ans. Dans le même temps, les exportations américaines de brut ont fortement chuté.
- Stocks de produits raffinés : Les stocks d’essence ont baissé de 0,97 million de barils, soit moins que les 1,6 million de barils attendus. Les stocks de distillats n’ont que très légèrement diminué, de 10 000 barils seulement.
- Concentration sur la côte : Pas moins de 14,7 millions de barils de l’augmentation totale ont été enregistrés dans la région de la côte du golfe du Mexique.
- Réserve stratégique de pétrole (SPR) : 6,1 millions de barils supplémentaires ont été prélevés sur les réserves, ce qui a fait passer le niveau total des réserves stratégiques américaines sous le seuil des 300 millions de barils pour la première fois depuis les années 1980.
Les stocks des entreprises américaines ont considérablement augmenté pour atteindre des niveaux correspondant à la moyenne sur cinq ans. Si cette tendance se poursuit dans les semaines à venir, les inquiétudes concernant le niveau des stocks s'atténueront nettement. Source : Bloomberg Finance LP, XTB

La libération coordonnée des réserves stratégiques à l'échelle mondiale a entraîné une baisse des réserves américaines sous la barre des 300 millions de barils pour la première fois depuis les années 1980. Théoriquement, les réserves devraient tomber à environ 240 millions de barils. Au rythme actuel de baisse, cela permettrait de stabiliser davantage le marché pétrolier pendant environ 10 à 12 semaines, du moins aux États-Unis. L'AIE s'est déclarée prête à procéder à une nouvelle libération mondiale de stocks sur le marché. Source : Bloomberg Finance LP
Situation des cours
Le cours poursuit la baisse entamée hier, bien que les fluctuations soient moins marquées. Le niveau de 90 $ le baril reste une très forte résistance, légèrement au-dessus du retracement de 23,6 %. L’absence d’aggravation de la situation mondiale pourrait conduire à une tentative de tester les 85 dollars le baril. En revanche, un franchissement de la ligne de tendance baissière pourrait d’abord conduire à un test de la zone des 92-95 dollars, puis au niveau des 98-100 dollars.

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