17:04 · 2 juillet 2026

Les chiffres de l'emploi (NFP) provoquent une vague de ventes sur le dollar : les points clés à retenir du rapport de juin

Points clés
Points clés
  • Les données ont révélé une création d’emplois nettement inférieure aux prévisions (+49 000).
  • Le taux de chômage a baissé (4,2%), mais au prix d’une baisse du taux d’activité (61,5%).
  • La croissance des salaires s’est accélérée (3,5%), mais s’est avérée négative en termes réels (-0,7%) pour le deuxième mois consécutif.
  • La Coupe du monde ne stimule pas la croissance comme prévu : c’est dans les secteurs liés aux loisirs que la baisse du nombre de nouveaux emplois a été la plus forte.
  • Ce rapport entraîne une révision des anticipations du marché concernant l’évolution des taux d’intérêt de la Fed.
  • Le dollar s’affaiblit aujourd’hui de 0,6% face à l’euro.

Il y a un peu plus de deux semaines, la publication de données économiques américaines solides et les craintes croissantes liées à l’inflation ont incité les responsables du FOMC à réviser en profondeur les projections figurant dans le « dot plot ». Les anticipations du marché concernant les hausses de taux d’intérêt se sont immédiatement accrues, et le consensus s’est orienté vers deux hausses avant la fin de l’année. Cela a entraîné un raffermissement significatif du dollar, qui a atteint son plus haut niveau face à l’euro depuis plus d’un an.

Figure 1 : Évolution du « dot plot » du FOMC [juin par rapport à mars] (2026)

Source : FOMC, 02/07/2026

Les chiffres publiés aujourd’hui modifient considérablement le scénario, d’autant plus que les attentes concernant le rapport de juin étaient élevées, influencées notamment par les déclarations du secrétaire au Trésor, Scott Bessent.

Le rythme de création d’emplois ralentit

Les données ont révélé une création d’emplois nettement inférieure aux prévisions (+49 000 contre +107 000), ainsi qu’une révision à la baisse substantielle des chiffres des deux mois précédents (-74 000). Il convient toutefois de noter que la moyenne sur trois mois reste à un niveau satisfaisant (+111 000) grâce aux bons résultats d’avril et de mai, ce qui suggère que le recul observé en juin n’est pas nécessairement le signe d’un ralentissement du marché du travail américain.

Figure 2 : Évolution des emplois non agricoles (NFP) et de la sous-composante « emploi » de l’indice PMI de l’ISM (2023 - 2026)

Source: XTB Research, 02.07.2026

Le taux de chômage recule au détriment du taux d'activité

Le taux de chômage est tombé à 4,2%, ce qui serait une source d'optimisme s'il n'y avait pas eu cette baisse significative du taux d'activité (61,5%). Ce dernier n'avait plus atteint des niveaux aussi bas depuis la période de la pandémie.

Graphique 3 : Taux de chômage et taux d'activité aux États-Unis (2023 - 2026)

Source: XTB Research, 02.07.2026

La croissance des salaires ne stimulera pas la consommation

La croissance des salaires (3,5%) n’a pas été une surprise, mais elle est devenue négative en termes réels (-0,7%) après ajustement pour tenir compte de l’inflation. Ce constat est significatif, car la consommation américaine est actuellement largement soutenue au détriment de l’épargne (le taux d’épargne a chuté à seulement 3%). Nous observons également un écart considérable entre le quintile de revenus le plus élevé (20%), où la croissance de la consommation corrigée de l’inflation a atteint 3,8% au premier trimestre, et les 80% restants de la population, dont la consommation en termes réels a pratiquement stagné (+0,6%).

Figure 4 : Inflation de l’IPC américain et croissance des salaires (2006 - 2026)

Source: XTB Research, 02.07.2026

Cela signifie que, bien que l’inflation reste élevée (4,2% en valeur nominale, 2,9% en valeur sous-jacente), les facteurs susceptibles de la maintenir à de tels niveaux à l’avenir se font de plus en plus rares. Le risque d’effets de second tour significatifs semble faible, et les prix des principales matières premières énergétiques ont chuté de plus de 35% par rapport à leurs sommets de mai.

De plus, la moyenne tronquée se maintient à des niveaux bas (2,4%), un indicateur que le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a déjà présenté comme une alternative utile à la mesure de l’indice PCE sous-jacente, qu’il a qualifiée de manière célèbre de « lecture scientifique des feuilles de thé ». Lors de sa conférence de presse d’investiture, il a mentionné à plusieurs reprises que le comité utilisait des « données obsolètes » et qu’il restait ouvert à d’autres sources d’information.

Le marché du travail reste dans une situation de « faible licenciement, faible embauche »

Le nombre de licenciements est en baisse (3,28 millions), mais le nombre de personnes choisissant volontairement de quitter leur emploi actuel affiche également une tendance à la baisse (0,78 million). Cela concorde avec les derniers chiffres de l’ADP et du JOLTS. Ces dernières ont fait état d’un volume très faible de licenciements en mai (1,7 million, soit 1,1% de l’ensemble des salariés) et d’un nombre modeste de démissions (3,1 millions, soit 1,9% de l’ensemble des salariés).

Il n’y a pas lieu de paniquer, même si cela peut être source d’une légère inquiétude. L’appréhension croissante des salariés quant à leur capacité à trouver rapidement un poste vacant chez un nouvel employeur n’est pas sans fondement. La durée moyenne du chômage s’allonge, s’établissant actuellement à environ 26 semaines. Le nombre de personnes au chômage depuis 27 semaines ou plus (actuellement 1,94 million) a également augmenté ces derniers mois.

La Coupe du monde ne parvient-elle pas à stimuler la croissance comme prévu ?

Le mois de juin a été marqué par le coup d’envoi de la Coupe du monde de la FIFA, organisée cette année aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Malgré cela, c’est dans les secteurs des loisirs que l’on a enregistré la plus forte baisse du nombre de nouveaux emplois (avec une chute pouvant atteindre 61 000). Il est difficile d’attribuer cette baisse à une base de comparaison élevée, car la croissance totale des postes vacants sur la période avril-mai n’a été que de 33 000 après révision des données. S’il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, le plus grand événement sportif de l’année semble pour l’instant ne pas parvenir à générer l’impulsion économique attendue (qui était déjà estimée modeste, à environ 0,1 point de pourcentage de croissance supplémentaire du PIB).

Impact des données sur le marché des changes

Ce rapport entraîne une révision de la trajectoire des taux d’intérêt de la Fed anticipée par le marché. Les investisseurs continuent d’anticiper pleinement une hausse avant la fin de l’année, mais ils estiment de moins en moins probable qu’une telle mesure soit prise lors de l’une des deux prochaines réunions. Cela pèse naturellement sur le dollar, qui s’affaiblit aujourd’hui de 0,6% face à l’euro.

Figure 5 : EURUSD [M30] (06/02/2026 - 07/02/2026)

Source: xStation, 02.07.2026

La paire EUR/USD oscille autour de 1,145, dans l'attente de nouvelles données et déclarations susceptibles d'indiquer la ligne de conduite de la Réserve fédérale pour les mois à venir. En toile de fond, la question des négociations entre les États-Unis et l'Iran reste d'actualité. Une rupture de ces pourparlers entraînerait un retour à un climat d'aversion au risque, ce qui soutiendrait le dollar.

Michał Jóźwiak, analyste des marchés financiers chez XTB
 

Louise Girard

Analyste de marchés

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