21:52 · 17 juin 2026

La Fed secoue les marchés : ralentissement de la croissance, flambée de l'inflation et taux « plus élevés pendant plus longtemps »

Parallèlement à sa décision sur les taux d’intérêt, la Fed a publié son dernier « Résumé des projections économiques » (SEP). Le rapport de juin dresse un tableau plutôt « hawkish », voire légèrement stagflationniste, de l’économie : un taux de croissance du PIB en baisse associé à un rebond marqué de l’inflation. En revanche, l’inflation semble être transitoire, la Fed s’attendant toujours à ce qu’elle revienne à son objectif en 2028, comme lors de la réunion de mars. Néanmoins, le « dot plot » laisse entrevoir une hausse des taux cette année, même si la répartition des votes ne la garantit pas nécessairement.

Dans le même temps, les prévisions actualisées anéantissent tout espoir d’un retour rapide à une politique monétaire accommodante. Au contraire, la Fed prépare les marchés à un scénario où la lutte contre l’inflation est loin d’être terminée. Il est intéressant de noter que ces projections en révèlent bien plus que le communiqué lui-même, qui est sans doute le plus court jamais publié…

Révision macroéconomique : moins de croissance, plus de difficultés

Les dernières projections macroéconomiques apportent des changements majeurs et marqués par rapport aux prévisions de mars :

  • La croissance du PIB ralentit : les prévisions de croissance économique pour 2026 ont été revues à la baisse à 2,2 % (contre 2,4 % en mars). Le potentiel de croissance à long terme de l’économie américaine reste inchangé à 2,0 %.
  • Flambée de l’inflation : C’est l’élément le plus préoccupant du rapport. L’inflation mesurée par l’indice PCE devrait atteindre 3,6 % en 2026, ce qui représente une hausse spectaculaire par rapport aux prévisions de mars (2,7 %). Il en va de même pour l’inflation sous-jacente mesurée par l’indice PCE (hors prix des denrées alimentaires et de l’énergie), qui est estimée à 3,3 % (contre 2,7 % en mars). Cette situation résulte toutefois de la récente crise énergétique.
  • Objectif d’inflation lointain : La Réserve fédérale maintient que l’inflation ne reviendra pas à l’objectif de 2,0 % avant 2028. Le communiqué indique que la dynamique haussière des prix résulte de facteurs tels que des chocs d’offre, notamment les turbulences dans le secteur de l’énergie.
  • Un marché du travail solide : Paradoxalement, le seul point « positif » (bien que problématique du point de vue de la lutte contre l’inflation) est le marché du travail. Les prévisions concernant le taux de chômage pour 2026 ont été revues à la baisse, passant de 4,4 %, comme estimé en mars, à 4,3 %.

Graphique en points : les hausses de taux sont de nouveau d'actualité

Cependant, la plus grande surprise pour les investisseurs réside dans le nouveau graphique en points (qui illustre les prévisions des membres du FOMC en matière de taux d’intérêt). Alors que le marché anticipait jusqu’à récemment une série de baisses, la Fed lui donne une douche froide :

Le graphique laisse entrevoir une hausse des taux d'intérêt de 25 points de base en 2026. De plus, la trajectoire d'un éventuel assouplissement monétaire pour les années suivantes est exceptionnellement plate : la Fed prévoit une baisse de seulement 25 points de base en 2027, suivie d'une autre baisse modeste de 25 points de base en 2028.

Le célèbre mantra des marchés, « des taux plus élevés plus longtemps », vient de prendre un sens nouveau, encore plus restrictif.

Il convient toutefois de noter que la majorité des votes se situe dans une fourchette de 3,6 à 3,8 %, ce qui signifie qu’une grande partie des membres pourrait ne pas voir de hausse cette année.

Quelles sont les implications pour les marchés financiers ?

Ce virage « belliciste » dans la communication de la Fed, associé à la révision des prévisions vers une croissance plus faible et une inflation plus élevée en 2026, pourrait se traduire par une pression à la hausse persistante sur les rendements, tout en renforçant simultanément le dollar américain si ce message « belliciste » s’imposait sur les marchés au cours des semaines et des mois à venir. Dans le même temps, il s’agit d’une très mauvaise nouvelle pour l’or et les indices boursiers.

Les « chocs d’offre dans le secteur de l’énergie » mentionnés par la Fed suggèrent que les prix du pétrole et du gaz naturel pourraient rester structurellement élevés, ce qui soutiendra les valorisations des entreprises de ce secteur.

Pour Wall Street, il s’agit d’un scénario très négatif. La hausse du coût du capital (taux d’intérêt) pèsera sur les valorisations des entreprises, en particulier dans le secteur technologique, sensible aux taux d’intérêt, et sur les valeurs de croissance. Parallèlement, la révision à la baisse des prévisions de PIB suscite des inquiétudes quant aux futurs bénéfices des entreprises. On peut s’attendre à une rotation des capitaux au détriment des actifs risqués, au profit des secteurs défensifs, des actions à dividendes élevés (valeur) et du secteur de l’énergie qui, selon la Fed elle-même, subit toujours des chocs de prix.

L’or efface les gains enregistrés lors des deux séances précédentes, faisant fi de l’écart créé à l’ouverture ce week-end, lorsqu’un accord provisoire avait été conclu entre les États-Unis et l’Iran.

Source: xStation5

Il convient de noter que Kevin Warsh a indiqué que ses groupes de travail se pencheraient sur diverses modifications, notamment des changements apportés aux projections, pouvant aller jusqu'à l'abandon du « dot chart ». Lui-même n'a pas encore décidé de « placer » son point sur le « dot chart ».

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